Savoir compter, en maternelle, ce n’est pas réciter « un, deux, trois » : c’est comprendre que le dernier nombre dit donne la quantité totale. Les repères habituels visent les quantités jusqu’à 3 en petite section, jusqu’à 5 ou 6 en moyenne section et jusqu’à 10 en grande section, la comptine récitée allant beaucoup plus loin.
Réciter la comptine, est-ce savoir compter ?
Non. Un enfant de 3 ans qui récite jusqu’à 20 connaît une suite de mots, comme une chanson. Demandez-lui de vous donner quatre cuillères : s’il en apporte une poignée, ou s’il recompte en disant « un, deux, trois, quatre » puis vous tend la dernière cuillère seulement, il n’a pas encore compris que « quatre » désigne toute la collection.
La comptine numérique reste utile : elle fournit la suite de mots indispensable au comptage. Mais elle ne vaut rien sans la compréhension de la quantité. C’est tout l’enjeu des trois années de maternelle.
Quels sont les cinq principes du comptage ?
Les psychologues Rochel Gelman et Charles Gallistel ont décrit en 1978 cinq principes que l’enfant doit maîtriser pour dénombrer une collection. Ils restent la grille la plus utile pour comprendre où il bloque.
Les cinq principes de Gelman et Gallistel
- Correspondance terme à terme : un mot-nombre par objet, ni plus ni moins. Erreur typique : compter deux fois le même jeton.
- Ordre stable : la suite des mots-nombres est toujours la même (un, deux, trois…, pas un, trois, deux).
- Cardinalité : le dernier mot prononcé indique la quantité totale.
- Abstraction : on peut compter n’importe quoi, des bonbons comme des sauts ou des sons.
- Non-pertinence de l’ordre : on obtient le même total en commençant par n’importe quel objet.
La cardinalité est le principe qui fait le plus défaut, et c’est le plus important. Sans elle, compter reste un rituel.
Que doit savoir faire un enfant en PS, MS et GS ?
| Section | Quantités | Ce qu’on travaille |
|---|---|---|
| Petite section (3-4 ans) | Jusqu’à 3 | Reconnaître 1, 2, 3 d’un coup d’œil ; « un » / « beaucoup » ; donner autant que |
| Moyenne section (4-5 ans) | Jusqu’à 5 ou 6 | Dénombrer, comparer deux collections, constellations du dé, premiers chiffres lus |
| Grande section (5-6 ans) | Jusqu’à 10 | Décomposer (6 = 5 + 1 = 4 + 2), ajouter, retirer, lire et écrire les nombres |
Ces paliers correspondent aux attendus du programme de l’école maternelle et aux ressources Eduscol : l’objectif de fin de GS porte sur la quantité 10, bien comprise et décomposée, plutôt que sur une comptine interminable. L’écriture des chiffres arrive en parallèle ; elle est détaillée dans l’article sur l’écriture des chiffres.
Pourquoi reconnaître les petites quantités sans compter ?
Jusqu’à 3, parfois 4, on perçoit une quantité d’un seul regard, sans compter : c’est le subitizing, ou perception immédiate. Les constellations du dé (le 5 en quinconce, le 6 en deux colonnes de trois) prolongent cette capacité : l’enfant apprend à voir 5 sans compter les points.
Ce travail visuel évite une dépendance au comptage un par un, qui ralentit tout le calcul ultérieur. Un enfant qui voit que 4 + 1 donne la configuration du 5 sur le dé construit déjà l’addition.
Comment apprendre à décomposer les nombres ?
Décomposer, c’est comprendre que 5, c’est aussi 4 et 1, 3 et 2, 2 et 3. C’est la compétence qui prépare le mieux le calcul du CP. Trois activités suffisent :
- La boîte à cacher. Cinq jetons ; vous en cachez une partie sous une boîte. L’enfant voit les jetons restants et dit combien sont cachés.
- Les doigts. « Montre-moi 6 avec tes deux mains » : 5 et 1, ou 3 et 3, ou 4 et 2. Toutes les réponses sont justes.
- Les deux couleurs. Six cubes, rouges et bleus : combien de façons de faire une tour de 6 ? L’enfant découvre toutes les décompositions.
Quels jeux pour apprendre à compter à la maison ?
- Mettre la table : autant de fourchettes que d’assiettes, sans compter d’abord, puis en comptant. C’est la correspondance terme à terme en situation réelle.
- Les jeux de l’oie et les petits chevaux : lire le dé d’un coup d’œil, avancer d’autant de cases en comptant les cases (pas celle où l’on se trouve, piège classique).
- La bataille avec les cartes de 1 à 10 : comparer deux quantités.
- Les courses : « prends 3 pommes », puis « il en faut 2 de plus ».
- Le marchand : des pièces fictives de 1, un prix de 4, rendre juste.
- Les comptines à rebours : « 10, 9, 8… partez ! », pour entendre la suite dans les deux sens.
- Le nombre du jour : on cherche le 7 dans la maison (horloge, calendrier, télécommande) et on montre 7 objets.
Plus tard, le calcul mental et les tables prendront le relais : les jeux pour apprendre les tables de multiplication reposent exactement sur les mêmes principes de manipulation.
Quelles erreurs signalent une difficulté ?
Recompter une collection qu’on vient de compter quand on demande « combien ? », sauter des objets, ne pas savoir s’arrêter en donnant une quantité : en PS et MS, ces erreurs sont normales. En fin de GS, un enfant qui ne sait toujours pas donner 5 objets sur demande a besoin de plus de manipulation, et l’enseignant doit être informé. La lecture de l’heure, les monnaies et les mesures s’appuient sur ces bases ; l’article sur la lecture de l’heure montre ce qui vient ensuite.
Lire, écrire, compterSyllabes d’attaque en MS et GS : définition, jeux et listes de motsCompter, c’est savoir que le dernier nombre dit est la quantité de toute la collection.
Les liens entre compter, lire et écrire sont décrits dans le guide apprendre à lire, écrire et compter.
Auto-test : où en est votre enfant ?
Qu’est-ce que le principe de cardinalité ?
Le fait que le dernier nombre dit en comptant donne la quantité totale de la collection.
Jusqu’à combien un enfant perçoit-il une quantité sans compter ?
Jusqu’à 3, parfois 4 : c’est le subitizing.
Quelle quantité vise-t-on en fin de GS ?
10, avec ses décompositions (6 = 5 + 1 = 4 + 2…).
Quelle erreur classique au jeu de l’oie ?
Compter la case de départ comme la première case du déplacement.
À quoi sert la boîte à cacher ?
À travailler la décomposition : on voit une partie, on déduit la partie cachée.
Qui a décrit les cinq principes du comptage ?
Rochel Gelman et Charles Gallistel, en 1978.




