Un vers de 6 syllabes est un hexasyllabe, de 8 un octosyllabe, de 10 un décasyllabe et de 12 un alexandrin. Pour les compter, on applique une règle centrale : le e muet se prononce, donc compte, devant une consonne, mais il s’efface devant une voyelle et ne compte jamais en fin de vers.
Quels noms portent les vers selon leur nombre de syllabes ?
| Syllabes | Nom du vers | Usage courant |
|---|---|---|
| 6 | Hexasyllabe | Chansons, poèmes légers, strophes mêlées |
| 7 | Heptasyllabe | Chansons et comptines |
| 8 | Octosyllabe | Le plus ancien vers narratif français, fables |
| 9 | Ennéasyllabe | Rare, recherché par Verlaine |
| 10 | Décasyllabe | Chansons de geste, poésie de la Renaissance |
| 12 | Alexandrin | Tragédie et comédie classiques, grande poésie |
Les vers pairs dominent la poésie française. Les vers impairs (5, 7, 9, 11 syllabes) donnent une impression de déséquilibre que certains poètes recherchent ; Verlaine en a fait un programme dans son « Art poétique ».
Quelle différence entre syllabe grammaticale et syllabe poétique ?
En poésie, on ne compte pas les syllabes comme à l’écrit ni comme dans la conversation. On compte des syllabes prononcées selon la diction classique, qui garde des e muets que la langue parlée avale. « Petite fenêtre » se dit « p’tit’ fnêtre » dans la rue (deux syllabes), mais compte cinq syllabes en fin de vers : pe-ti-te-fe-nêtre. Un rappel des bases se trouve dans l’article sur la syllabe.
Comment compter les syllabes d’un vers, étape par étape ?
- Repérez chaque e muet en fin de mot (« table », « elles », « parlent »).
- Regardez ce qui le suit. Devant une consonne, il compte. Devant une voyelle ou un h muet, il s’élide et disparaît : « l’aub(e) à l’heure ».
- Ne comptez jamais le e final du vers, même suivi de s ou de nt : « campagne », « colombes », « aiment » en fin de vers perdent leur dernière syllabe.
- Vérifiez les voyelles qui se touchent dans un même mot (« lion », « nation », « niais ») : diérèse ou synérèse ?
- Comptez en tapant du doigt sur la table, une frappe par syllabe, en lisant lentement à voix haute.
- Contrôlez avec le vers voisin. Dans un poème régulier, un vers qui tombe à 11 quand les autres font 12 signale presque toujours une erreur de comptage.
Le e muet compte-t-il toujours ?
Le e muet en quatre cas
- Devant consonne : il compte. Dans « Maître Corbeau », le e de « maître » se prononce : maî-tre-Cor-beau, quatre syllabes.
- Devant voyelle ou h muet : il s’élide. « tranquille, où » se dit tran-quil-l’où.
- En fin de vers : il ne compte pas, qu’il soit seul, suivi de s ou de nt.
- Après une voyelle à l’intérieur d’un mot : il ne compte pas. « dévouement » se compte dé-voue-ment. La poésie classique évitait d’ailleurs les mots comme « vies » ou « joies » devant une consonne à l’intérieur du vers.
La terminaison verbale -ent suit la même règle que le e : « Ce toit tranquille, où marchent des colombes » compte « mar-chent » pour deux syllabes, parce que « des » commence par une consonne.
Qu’est-ce que la diérèse et la synérèse ?
Quand deux voyelles se suivent dans un mot (« lion », « passion », « niais »), on peut les prononcer en une syllabe (synérèse : « lion ») ou en deux (diérèse : « li-on »). La poésie classique pratique souvent la diérèse sur les mots issus du latin en -ion : « nation » y compte volontiers trois syllabes, na-ti-on.
Le vers de Victor Hugo « J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin » n’atteint ses 12 syllabes qu’avec la diérèse sur « ni-ais ». Le poète allonge le mot au moment même où il se moque de la règle. Quand un vers vous semble court d’une syllabe, cherchez d’abord une diérèse.
Exemples comptés : 6, 8, 9, 10 et 12 syllabes
| Vers | Découpage | Total |
|---|---|---|
| « Il pleure dans mon cœur » (Verlaine) | Il / pleu / re / dans / mon / cœur | 6 |
| « Comme il pleut sur la ville » (Verlaine) | Com / m’il / pleut / sur / la / vill(e) | 6 |
| « Tenait en son bec un fromage » (La Fontaine) | Te / nait / en / son / bec / un / fro / mag(e) | 8 |
| « De la musique avant toute chose » (Verlaine) | De / la / mu / si / qu’a / vant / tou / te / chos(e) | 9 |
| « Maître Corbeau, sur un arbre perché » (La Fontaine) | Maî / tre / Cor / beau / sur / un / ar / bre / per / ché | 10 |
| « Ce toit tranquille, où marchent des colombes » (Valéry) | Ce / toit / tran / quil / l’où / mar / chent / des / co / lomb(es) | 10 |
| « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne » (Hugo) | De / main / dès / l’au / b’à / l’heu / r’où / blan / chit / la / cam / pagn(e) | 12 |
| « Je suis maître de moi comme de l’univers » (Corneille) | Je / suis / maî / tre / de / moi / com / me / de / l’u / ni / vers | 12 |
Les fables de La Fontaine mêlent souvent des vers de longueurs différentes : « Le Corbeau et le Renard » alterne décasyllabes, octosyllabes et alexandrins. Ne cherchez donc pas une mesure unique dans une fable. Pour vérifier un vers en quelques secondes, le compteur de syllabes applique les règles d’élision et du e final.
Où tombe la césure dans un vers de 10 ou 12 syllabes ?
Au-delà de 8 syllabes, le vers classique se coupe par une pause, la césure, qui le partage en deux hémistiches. L’alexandrin se coupe 6 // 6 : « Demain, dès l’aube, à l’heure // où blanchit la campagne ». Le décasyllabe se coupe le plus souvent 4 // 6 : « Ce toit tranquille, // où marchent des colombes ». Les vers de 8 syllabes ou moins n’ont pas de césure obligatoire.
Au bac de français, identifier la mesure puis la césure permet ensuite de commenter un effet : un mot mis en valeur juste avant la coupe, un rejet sur le vers suivant. L’alexandrin a assez de règles propres pour justifier sa page : l’alexandrin et ses 12 syllabes en exemples. Les figures de rythme se révisent avec la fiche sur les figures de style.
Lire, écrire, compterJeux pour apprendre les tables de multiplication à la maisonLe e muet compte devant une consonne, s’efface devant une voyelle et disparaît toujours en fin de vers.
Ce travail de comptage prolonge les jeux de syllabes de l’école primaire, repris dans le guide apprendre à lire.
Auto-test : comptez-vous juste ?
Comment s’appelle un vers de 8 syllabes ?
Un octosyllabe.
Le e de « tranquille » compte-t-il dans « tranquille, où » ?
Non, il s’élide devant la voyelle de « où ».
Le e final du vers compte-t-il s’il est suivi de -es ou -ent ?
Non, la syllabe finale en e muet ne compte jamais en fin de vers.
Qu’est-ce qu’une diérèse ?
La prononciation en deux syllabes de deux voyelles voisines : « li-on », « ni-ais ».
Où tombe la césure d’un décasyllabe classique ?
Le plus souvent après la 4e syllabe (4 // 6).
Combien de syllabes dans « Il pleure dans mon cœur » ?
Six : Il / pleu / re / dans / mon / cœur. C’est un hexasyllabe.
Combien de syllabes dans « De la musique avant toute chose » ?
Neuf, grâce à l’élision de « musique avant » : un ennéasyllabe, vers impair.




